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DANS MA MAISON

Posté par sylvie le 26 octobre 2012

DANS MA MAISON

ma maison vous viendrez
D’ailleurs ce n’est pas ma maison
Je ne sais pas à
qui elle est
Je suis entré comme ça un jour
Il n’y avait
personne
Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc
Je suis resté
longtemps dans cette maison
Personne n’est venu
Mais tous les jours et
tous les jours
Je vous ai attendu

Je ne faisais rien
C’est-à-dire
rien de sérieux
Quelque fois le matin
Je poussais des cris d’animaux
Je
gueulais comme un âne
De toute mes forces
Et cela me faisait plaisir
Et
puis je jouais avec mes pieds
C’est très intelligent les pieds
Ils vous
emmènent très loin
Quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne
voulez pas sortir
Ils restent là ils vous tiennent compagnie
Et quand il y
a de la musique ils dansent
On ne peut pas danser sans eux
Il faut être
bête comme l’homme l’est souvent
Pour dire des choses aussi bêtes
Que bête
comme ses pied gai comme un pinson
Le pinson n’est pas gai
Il est
seulement gai quand il est gai
Et triste quand il est triste ou ni gai ni
triste
Est-ce qu’on sait ce que c’est un pinson
D’ailleurs il ne s’appelle
pas réellement comme ça
C’est l’homme qui a appelé cet oiseau comme
ça
Pinson pinson pinson pinson

Comme c’est curieux les noms
Martin
Hugo de son prénom
Bonaparte Napoléon de son prénom
Pourquoi comme ça et
pas comme ça
Un troupeau de Bonapartes passe dans le désert
L’empereur
s’appelle Dromadaire
Il a un cheval caisse et des tiroirs de course
Au
loin galope un homme qui n’a que trois prénoms
Il s’appelle Tim-Tam-Tom et
n’a pas de grand nom
Un peu plus loin encore il y a n’importe quoi
Et puis
qu’est-ce que ça peut faire tout ça

Dans ma maison tu viendras
Je
pense à autre chose mais je ne pense qu’à ça
Et quand tu seras entrée dans ma
maison
Tu enlèveras tous tes vêtements
Et tu resteras immobile nue debout
avec ta bouche rouge
Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc
Et
puis tu te coucheras et je me coucherais près de toi
Voilà
Dans ma maison
qui n’est pas ma maison tu viendras.

 JACQUES PREVERT

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