OPHELIE

Posté par sylvie le 27 juin 2016

Le poème de Rimbaud reprend le thème shakespearien de l’héroïne d’Hamlet, Ophélie, amoureuse d’un prince , et incapable de comprendre sa folle quête de la vérité.

Elle finit par sombrer dans la folie,se croyant abandonnée par son amant , et par se noyer de désespoir.

 

OPHELIE

 

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d’or

O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C’est que les vents tombant des grand monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d’étranges bruits,
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l’Infini terrible éffara ton oeil bleu !

- Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

 

ARTHUR RIMBAUD

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LA FONTAINE

Posté par sylvie le 19 juin 2016

La Fontaine

C’est un spectacle affligeant que celui des jolies fontaines, souvent de pures oeuvres d’art, taries par le temps et abandonnées au profit du progrès. Elles sont nombreuses à travers la Sicile, surtout dans les petites villes du sud.

 

Un jour, dans le silence du midi, chaud et poussiéreux, je vois, au centre d’une place intemporelle, l’une d’entre elles.
Elle soupire,
elle pleure sans arrêt,
par gouttes ou par gorgées,
sous les yeux distraits des passants.

 

Fanée
par l’indifférence perfide
du progrès,
elle résiste à l’oubli
et sourit au souvenir
des assoiffés d’antan.

 

Jadis,
elle remplissait la cruche
qui, à l’ombre du balcon,
éteignait,
de sa fraîcheur,
l’ardeur des lèvres brûlées.

 

C’est d’elle que l’eau sourdait
des entrailles de la colline,
battue par le soleil de feu.

 

En plein été,
prodigue et souriante,
elle attendait la foule.
Elle regardait
les corps allumés et en sueur,
s’entasser autour de l’eau,
pour puiser fraîcheur et réconfort.

 

Maintenant,
triste et abandonnée
dans le silence de la fin,
elle agonise
avec la faible plainte
d’un filet qui tombe.

Domenico Fasciano

La vieille fontaine - Le Puy-en-Velay, Auvergne

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L’ESCLAVE ET L’OISEAU

Posté par sylvie le 10 juin 2016

L’esclave et l’oiseau

Ouvre ton aile au vent, mon beau ramier sauvage,
Laisse à mes doigts brisés ton anneau d’esclavage !
Tu n’as que trop pleuré ton élément, l’amour ;
Sois heureux comme lui : sauve-toi sans retour !

Que tu montes la nue, ou que tu rases l’onde,
Souviens-toi de l’esclave en traversant le monde :
L’esclave t’affranchit pour te rendre à l’amour ;
Quitte-moi comme lui : sauve-toi sans retour !

Va retrouver dans l’air la volupté de vivre !
Va boire les baisers de Dieu, qui te délivre !
Ruisselant de soleil et plongé dans l’amour,
Va-t-en ! Va-t-en ! Va-t-en ! Sauve-toi sans retour !

Moi, je garde l’anneau ; je suis l’oiseau sans ailes.
Les tiennes vont aux cieux ; mon âme est devant elles.
Va ! Je les sentirai frissonner dans l’amour !
Mon ramier, sois béni ! Sauve-toi sans retour !

Va demander pardon pour les faiseurs de chaînes ;
En fuyant les bourreaux, laisse tomber les haines.
Va plus haut que la mort, emporté dans l’amour ;
Sois clément comme lui… sauve-toi sans retour

L.VALDEMORE

L'ESCLAVE ET L'ENFANT oiseau

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PREVERT

Posté par sylvie le 9 juin 2016

Voilà un poète qui parle comme tout le monde! point de recherches alambiquées, de tournures abstruses, de phrases absconses: le poème accueille pour la première fois les tons qui n’osent sortir dans la compagnie des livres ….Jacques Prévert est né le 4 février 1900 à Neuilly Sur Seine, dans un milieu de petite bourgeoisie- André Prévert , son père, travaille dans une compagnie d’assurances, puis à la mairie du VIe arrondissement de Paris. Six ans plus tard, naît son frère Pierre dont il se sentira toujours très proche.. Les deux frères collaborent pour plusieurs films.

En 1945 Prevert rassemble les poèmes qu’il a écrits depuis des années, sous le titre de  » Paroles » . Dès la parution du recueil ,les ventes de Paroles s »envolent, mais les écrits restent dans les mémoires. En effet, Prevert écrit dans une langue qui parle à tous les passants de n’importe quelle rue.  Enfin la poésie est à la portée du jardinier, du boucher, du contrôleur, du médecin, de l’avocat, des jeunes ou des vieux – et même du cancre!

 

A la complication surréaliste, aux recommandations alambiquées d’un Breton, à la table sacrée du poète solennel , Prévert a préféré les recettes de tous les jours et le comptoir du café! et la recette fonctionne à merveille sous les yeux d’un Breton sans doute envieux de ce succès. Breton que Prévert avait égratigné en quittant le groupe surréaliste.

 

Langage unique en son genre, jamais imité, mélange de tendresse, de gouaille, d’ironie féroce, de chagrin aussi et de lumière sans fard, les poèmes de Prévert continuent d’être lus, étudiés, appréciés par toutes les générations . « Paroles »  s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires, depuis sa parution… Prévert est aussi l’auteur de chansons  » les feuilles mortes »  » les enfants qui s’aiment  » …  Interprétées par les plus grandes voix : Juliette Greco, Catherine Sauvage, Mouloudji, Reggiani,  Yves Montand etc … Celui qui en écrit la musique est un jeune roumain venant de Budapest que Prévert a découvert en 1934  : Joseph Kosma.

 

Jacques Prévert est mort le 11 avril 1977 , à Omonville-la -Petite, dans la Manche, où se trouve sa tombe sur laquelle fleurissent les roses qu’il aimait …

 

Barbara -

Rappelle-toi Barbara 
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là 
Et tu marchais souriante 
Épanouie ravie ruisselante 
Sous la pluie 
Rappelle-toi Barbara 
Il pleuvait sans cesse sur Brest 
Et je t’ai croisée rue de Siam 
Tu souriais 
Et moi je souriais de même 
Rappelle-toi Barbara 
Toi que je ne connaissais pas 
Toi qui ne me connaissais pas 
Rappelle-toi 
Rappelle-toi quand même jour-là 
N’oublie pas 
Un homme sous un porche s’abritait 
Et il a crié ton nom 
Barbara 
Et tu as couru vers lui sous la pluie 
Ruisselante ravie épanouie 
Et tu t’es jetée dans ses bras 
Rappelle-toi cela Barbara 
Et ne m’en veux pas si je te tutoie 
Je dis tu à tous ceux que j’aime 
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois 
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment 
Même si je ne les connais pas 
Rappelle-toi Barbara 
N’oublie pas 
Cette pluie sage et heureuse 
Sur ton visage heureux 
Sur cette ville heureuse 
Cette pluie sur la mer 
Sur l’arsenal 
Sur le bateau d’Ouessant 
Oh Barbara 
Quelle connerie la guerre 
Qu’es-tu devenue maintenant 
Sous cette pluie de fer 
De feu d’acier de sang 
Et celui qui te serrait dans ses bras 
Amoureusement 
Est-il mort disparu ou bien encore vivant 
Oh Barbara 
Il pleut sans cesse sur Brest 
Comme il pleuvait avant 
Mais ce n’est plus pareil et tout est abimé 
C’est une pluie de deuil terrible et désolée 
Ce n’est même plus l’orage 
De fer d’acier de sang 
Tout simplement des nuages 
Qui crèvent comme des chiens 
Des chiens qui disparaissent 
Au fil de l’eau sur Brest 
Et vont pourrir au loin 
Au loin très loin de Brest 
Dont il ne reste rien.  

JACQUES PREVERT

PLUIES

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LA MER

Posté par sylvie le 5 juin 2016

LA MER

 

Loin des grands rochers noirs que baise la marée,
La mer calme, la mer au murmure endormeur,
Au large, tout là-bas, lente s’est retirée,
Et son sanglot d’amour dans l’air du soir se meurt.

 

La mer fauve, la mer vierge, la mer sauvage,
Au profond de son lit de nacre inviolé
Redescend, pour dormir, loin, bien loin du rivage,
Sous le seul regard pur du doux ciel étoilé.

 

La mer aime le ciel : c’est pour mieux lui redire,
À l’écart, en secret, son immense tourment,
Que la fauve amoureuse, au large se retire,
Dans son lit de corail, d’ambre et de diamant.

 

Et la brise n’apporte à la terre jalouse,
Qu’un souffle chuchoteur, vague, délicieux :
L’âme des océans frémit comme une épouse
Sous le chaste baiser des impassibles cieux.

 

Nérée Beauchemin

 

essaouira45

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